Trois fois rien.
Hier soir
Je rejoins Alex, déjà couché. C’était sa journée d’anniversaire. Elle fut pour moi douce et agréable. Je suppose qu’il a lui aussi apprécié.
En fin de journée nous sommes tous allés à la plage. Je me suis lancée dans une longue séance de Yoga. Alex était assis à côté. Il regardait la mer et semblait plutôt paisible. Ça a duré environ une heure.
En me glissant dans le lit ce soir là, un peu après lui, je lui demande à quoi il pensait sur la plage.
Pas de réponse.
— Tu dors ?
— Non.
J’insiste un peu. J’aimerais savoir quels genres de pensée, de préoccupation ou occupation le traversent en ce moment. Si c’était une belle journée pour lui.
Silence.
— Tu dors ?
— Non.
— Ah, je lui demande le sujet de ses réflexions ?
Silence.
J’attends.
Silence.
Je lui demande si c’est trop personnel, en sachant au fond de moi que ce n’est pas ça qui l’empêche de parler.
— Non
Je le provoque gentiment
— Peut être tu te disais : mais pourquoi je suis venu avec eux, ils m’ennuient avec leur sport et leur yoga. J’aurais dû les attendre au bateau je serai peinard. J’aurais pu me mater un film et me faire une petite branlette.
Prêcher le faux pour connaitre le vrai. J’avoue ça ne marche jamais. Je peux raconter absolument n’importe quelle connerie, il ne me contredira jamais au de la d’un simple :
— Non
— Tu as un exemple d’idée que tu as eu ?
Silence.
Silence.
Silence.
Je me demande s’il s’est endormi.
— Tu dors ?
— Non
— Tu veux dormir ?
— Non.
— Tu veux que j’arrête avec mes questions ?
— Non.
— Ah…
Silence.
Je me sens impuissante, seule. J’ai déjà vécu cette scène tellement de fois.
Et comme une lame de fond, je sens une grande tristesse m’envahir. Je me lève. Il me demande si je suis en colère. Non, triste et seule. Je sais que je ne vais pas pouvoir me rendormir. Je mesure à quel point c’est dérisoire et stupide. Je vais regarder un film. Je dors très mal cette nuit-là.